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05 août 2010 ~ 0 Commentaire

La fille aux poisons

C’était le temps du tango, du fox-trot et des surréalistes. Ceux-ci se passionnent, comme la France entière, pour une affaire au délicieux parfum de scandale: l’affaire Violette Nozière, la  » fleur vénéneuse »,  » la fille aux poisons ».
Violette rêvait de bains de lait
De belles robes de pain frais
De belles robes de sang pur
Un jour il n’y aura plus de pères
Dans les jardins de la jeunesse
Il y aura des inconnus
Tous les inconnus
Les hommes pour lesquels on est toujours neuve
Et la première
Les hommes pour lesquels on échappe à soi-même
Les hommes pour lesquels on est la fille de personne
Violette a rêvé de défaire, à défait
L’affreux noeud de serpent des liens du sang.
Paul Eluard
Le 10 octobre 1934 débute son procès aux assises de la Seine. La jeune fille, parisienne de 18 ans, est accusée d’avoir empoisonné son père et sa mère avec un somnifère, le Soménal. Le père est mort, mais la mère, Germaine Nozière a pu être réanimée et s’est constituée partie civile contre sa propre fille. Elle veut défendre l’honneur de son mari, Jean-Baptiste Nozière, mécanicien des chemins de fer, que la parricide accuse, comble de scandale, de pratiques incestueuses: il aurait abusé d’elle depuis ses douze ans… Dans le cabinet du juge d’instruction, Violette a affirmé que seul son père était visé et a raconté les violences familiales, le dégoût du géniteur monstrueux, de soi et des hommes, la tentation du suicide avant le passage à l’acte fatal: le parricide. Dès lors, la France, sous le choc, se passionne et se divise pour ce feuilleton sordide, incroyable mais vrai. Malgré elle, Violette devient la diva tragique du fait divers, en rupture de valeurs bourgeoises. Son seul nom inspire à l’opinion des sentiments mêlés de fascination, d’horreur et de dégoût. Pour les bien-pensants, elle est le symbole de la jeunesse dévoyée du Paris décadent et chaotique des années folles. Pour d’autres, comme les surréalistes, elle devient la muse porteuse du germe révolutionnaire en réaction contre le pouvoir petit bourgeois, celle qui a osé défaire  » l’affreux noeud de serpent des liens du sang ». Ils prennent sa défense dans un ouvrage collectif, recueil de poèmes ( d’André Breton, René Char, Paul Eluard) enrichi d’illustration ( de Salvador Dali, YvesTanguy, Max Ernst, René Magritte), mais celui-ci rencontre peu de succès. Car en 1933, la France est encore un pays bien pensant, ou tuer ses parents est le crime suprême, que rien ne peut excuser. Jour après jour, les crieurs des journaux relancent le feuilleton. Pas de demi-mesure. On maudit Violette ou on l’adore. La jeune fille brune au teint pâle est comparée à une fleur vénéneuse. Violette Nozière est condamnée à la peine capitale. A l’époque on ne guillotinait plus les femmes, et sa peine est officiellement commuée en réclusion à perpétuité le 25 décembre 1934 par le président Albert Lebrun. à suivre?
texte de Lise Burnol

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